Jean Le Maux s'en va avec le sentiment d’avoir eu « une vie bien remplie »
Dans les années 60, au temps où il était « véto », un métier qu’il a « adoré », Jean Le Maux chaussait des galoches. Abandonnées pour la cravate de son autre vie. Celle d’élu. Dans deux mois à peine, les élections au conseil général bouclées, il va pouvoir retourner, « libre » qu’il va être, remettre les pieds dans la terre. Son cher bois, sur la croupe du Mont-Robin, l’attend. Où il dit se « plaire beaucoup ». Les bois, comme auprès de la maison de son enfance bretonne ; « les animaux », lui qui les « aime trop » pour comprendre la chasse, son regard brille quand il en parle. Et s’illumine à l’évocation de ses « deux juments » qu’il va voir « matin et soir », quelle que soit l’heure. « J’ai besoin de ça » assure-t-il d’un ton gourmand. Aussi, sa retraite de conseiller général qui arrive, il « n’appréhende pas trop ». Et saura s’occuper. « Je n’ai pas lu le quart de ma bibliothèque. J’aime les actualités. J’irai un peu plus à la montagne ». Philosophe, cette fin de treize années au conseil général, à 80 ans arrivés en août dernier, « c’est le fil normal d’une carrière assez bien remplie ». Remplie à partir de 1983 où Michel Loreille l’invita à rejoindre sa liste aux élections municipales. Alors, très pris par son métier et la présidence des « vétos de la Manche » dont il tint la tête du syndicat trente ans durant, il se contenta de n’être que conseiller municipal. Six ans après il devenait adjoint. Et six ans plus tard encore, maire de Percy. Pour deux mandats. « Le remembrement, la rénovation du bourg, la station d’épuration, la médiathèque, l’école maternelle, la gendarmerie », Jean Le Maux résume à mots choisis ces années-là. Le conseil général est venu naturellement. Poussé par ses collègues qui avaient chanté comme lui : « Quand vous serez conseiller général », pendant leurs études !
- Treize années entre Percy et Saint-Lô
« On adopte la politique générale du département. On rentre vraiment dans la politique. ». Pas forcément sa tasse de thé, lui qui préfère « s’entendre avec tout le monde » et convient « ne pas trop aimer quand c’est trop politisé ». Le « non » jaillit quand on s’inquiète de mauvais souvenirs. Mais des souvenirs forts, il en énumère. Qu’ils l’ont « choqué ». Où il parle de « misère ». De « dépendance ». Ses six dernières années à Saint-Lô, il était responsable de la commission des personnes âgées. « 83 millions d’euros ». Il lui remonte au cœur, au moment de tourner la page d’une vie publique, des mots qui disent « amitié ». Qui retiennent la « convivialité ». Il aurait « aimé » avoir à se pencher sur la réforme territoriale qui arrive au pas de charge. « Il faudra être vigilant sur le plan rural. Il faut que la volonté vienne de la base. Ne pas imposer ». Et il s’inquiète pour Percy, où « souffrent » les commerces. Où l’avenir du collège est flou. « Ce serait lamentable de le fermer. C’est primordial pour la survie du canton ». Et comme on n’abandonne jamais tout à fait ce qu’on a aimé, il dit être prêt à descendre « dans la rue » pour le sauver. Même quand on ne porte plus d’écharpe tricolore, entre galoches, bois et juments, on peut encore enfourcher des chevaux de bataille.
Laurent L’Hermitte, Percy février 2011